Pétition

Nombre de signatures:

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Date limite:

19/06/2029

Pour le respect des professeurs contractuels et maîtres auxiliaires.

Océane DEQUIDT

Madame Élisabeth Borne,
Ministre d’État, Ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche,

Nous, professeurs contractuels et maîtres auxiliaires, nous adressons à vous avec colère, indignation et lassitude. La situation que nous vivons est indigne de notre République, chaque mois, des milliers d’enseignants attendent leur rémunération avec angoisse, sans jamais être assurés de la percevoir à temps.

Nous exerçons pourtant un métier essentiel. Nous avons choisi d’enseigner, parfois au prix de sacrifices personnels, parce que nous croyons en l’Éducation, en la mission de transmettre et de former les générations futures. Chaque jour, nous sommes devant nos élèves avec sérieux et dévouement. Dévouement qui reste durable malgré les drames terribles de ces dernières années, ayant coûté la vie à Samuel Paty et à Dominique Bernard. Une crainte sourde habite le corps professoral depuis, nous savons les risques, nous vivons avec cette inquiétude et malgré tout, nous continuons à aimer profondément notre métier et à nous y engager pleinement.

Pourtant, derrière cette vocation sincère, nous faisons face à une réalité indigne, les retards de paiement répétés, mois après mois, comme si notre travail ne méritait pas le respect élémentaire qu’il devrait inspirer. Il est inconcevable que des professeurs, déjà précaires, soient contraints de passer leur temps à réclamer leur dû, à envoyer des mails sans fin, souvent ignorés, parce qu’il est devenu impossible de joindre un rectorat par téléphone.

Or, chacun sait que l’Éducation nationale manque cruellement de professeurs. Chaque rentrée se fait dans l’urgence, dans la difficulté à recruter et à fidéliser. Pourtant, ceux qui acceptent de répondre présents et de combler ces manques ne sont pas traités correctement.

De nombreux enseignants vivent, dans le silence, des situations de grande violence matérielle et morale, impossibilité de régler leurs factures, dettes qui s’accumulent, découragement, parfois même désespoir. Devons-nous accepter que des enseignants de la République soient poussés à l’endettement simplement parce qu’on ne juge pas prioritaire de les rémunérer en temps et en heure ?

Ce n’est pas une simple négligence administrative, Madame la Ministre, c’est un mépris. Car il n’existe aucune autre société où l’on accepterait qu’un salarié doive mendier son salaire, où l’on fermerait les yeux sur des retards répétés, où l’on exigerait une telle patience de ceux qui portent pourtant une mission fondamentale pour la nation. Comment demander aux professeurs d’incarner l’autorité et la stabilité auprès de leurs élèves, quand l’institution elle-même les traite avec tant d’instabilité et d’indifférence ?

Nous ne demandons pas de privilèges. Nous demandons simplement le strict minimum, être payés correctement, à temps, sans avoir à supplier. Nous demandons d’être traités avec la dignité que mérite tout travailleur, a fortiori un enseignant. Nous demandons aussi que nos situations soient prises en considération dans la durée. Les professeurs contractuels et maîtres auxiliaires ne sont pas des enseignants de seconde zone. Beaucoup d’entre nous aspirent à la titularisation, à une reconnaissance pleine et entière, mais en attendant, nous assumons les mêmes responsabilités pédagogiques et éducatives que nos collègues titulaires. Sans nous, de nombreuses classes resteraient sans enseignants. Nous sommes indispensables, et pourtant invisibles.

En persistant à nous traiter ainsi, l’Éducation nationale envoie un message terrible, elle dit à ceux qui se battent chaque jour pour leurs élèves qu’ils ne comptent pas.

Nous vous demandons solennellement, Madame la Ministre, que vous agissiez pour mettre fin à ce scandale récurrent. L’éducation ne peut pas être fondée sur la précarité et le mépris de ceux qui la portent. Nous exigeons des garanties, des réformes administratives efficaces et rapides, et surtout, le respect élémentaire de nos droits.

Veuillez croire, Madame la Ministre, en notre détermination à défendre notre dignité et en notre attachement profond à la mission éducative de la République.

Nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de notre très haute considération.

Les professeurs contractuels et maîtres auxiliaires.