Pétition

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19/06/2029

Pour une refonte de l’Éducation nationale : en finir avec les classes surchargées et bâtir l’école que nos enfants méritent

Julien BODIN

Nous, citoyennes et citoyens français, demandons à l’Assemblée nationale d’engager une refonte profonde de notre système éducatif, à commencer par la limitation à 20 élèves maximum dans toutes les classes, de la maternelle au lycée.

1 ) Ce que la science nous dit depuis trente ans et que nous ignorons

Les études sont formelles. Entre 3 et 6 ans, le cerveau humain connaît la phase de développement la plus intense de son existence. C’est durant cette fenêtre que se construisent les compétences exécutives (mémoire de travail, contrôle inhibiteur, flexibilité cognitive) que les chercheurs identifient unanimement comme les fondations biologiques de tout apprentissage ultérieur.

Ceci a été démontré concrètement entre 2011 et 2014 dans une école maternelle de Gennevilliers, classée zone d’éducation prioritaire et plan violence. En respectant les mécanismes naturels d’apprentissage (autonomie, exploration, coopération, étayage bienveillant, classes à âges mélangés) les résultats obtenus ont stupéfié le milieu scientifique : à la fin de la deuxième année, tous les enfants de grande section étaient lecteurs, 90 % des élèves de moyenne section également, avec d’excellentes compétences en arithmétique. Des enfants issus de milieux défavorisés, que le système aurait condamnés à l’échec, s’épanouissaient.

Le principe est simple : un enfant naît câblé pour apprendre. Notre système éducatif, lui, est structuré pour l’en empêcher. Il lui impose des tâches qu’il n’a pas choisies, juge ses erreurs au lieu de les valoriser comme moteur d’apprentissage, l’enferme dans une posture passive quand son cerveau exige l’action et l’exploration. Le résultat est documenté : plus de 40 % de nos enfants sortent du primaire avec des lacunes qui les empêcheront de poursuivre une scolarité normale.

Ce n’est pas une fatalité. C’est un choix politique.

2 ) Un pays qui surcharge ses classes

La France se targue de scolariser ses enfants à 3 ans, un des rares pays à le faire. Elle cache moins bien qu’elle est aussi l’un des pays riches où les classes sont parmi les plus chargées. Avec près de 22 enfants par enseignant en moyenne, la France se classe très loin derrière les autres pays comparables pour les élèves de 3 à 5 ans. À l’école élémentaire, avec 18 élèves par enseignant, la France est très au-dessus de la plupart des pays, qui comptent souvent entre 10 et 13 élèves.

Dans les vingt-deux pays de l’Union européenne membres de l’OCDE, la taille moyenne des classes est de 19 élèves.
La France, elle, dépasse les 21 en moyenne dans le public et un tiers des classes de maternelle françaises ont plus de 25 élèves.

Les dédoublements de CP et CE1 en REP depuis 2017 constituent une avancée. Mais ils ne concernent que 20 % des élèves, et ne s’étendent pas au-delà du CE1. Le reste du système reste structurellement surchargé.

Limiter toutes les classes à 20 élèves maximum, seuil auquel le suivi individuel devient réellement possible, n’est pas une utopie.

La vague des troubles du neurodéveloppement : le système est à la rupture
Le contexte a profondément changé. La prévalence des troubles du neurodéveloppement (autisme, troubles dys, TDAH, troubles du développement intellectuel) augmente dans la population.

Les troubles Dys concernent environ 6 à 8 % des enfants et persistent à l’âge adulte. Le TDAH touche 3,5 à 5,6 % des enfants scolarisés en France, soit un enfant en moyenne par classe. Ce problème de santé publique, qui touche donc un à deux élèves par classe, pose des défis d’organisation des soins à l’échelle nationale, avec des disparités de prise en charge selon les régions.
Dans une classe de 30 élèves, un enseignant seul ne peut pas, physiquement, assurer le suivi individualisé de 3 à 5 enfants présentant des besoins spécifiques tout en assumant le reste du groupe.
Ce n’est pas une question de compétence ou d’investissement personnel : c’est une impossibilité structurelle. Les enseignants s’épuisent. Les enfants décrochent. Les familles s’effondrent.

La réduction des effectifs est une condition nécessaire, non suffisante, mais nécessaire, pour que le repérage précoce devienne réel, pour que l’adaptation pédagogique cesse d’être une promesse et devienne une pratique quotidienne.

3 ) L’éducation est le meilleur investissement qu’un État puisse faire en particulier en période de crise

On nous dit que la France n’a pas les moyens. Les chiffres racontent une autre histoire.
Le prix Nobel d’économie James Heckman a démontré que les rendements les plus élevés de l’investissement public sont associés à l’éducation préscolaire, suivie par ordre décroissant par l’éducation primaire, le secondaire, puis le supérieur. Il est fondamentalement moins coûteux d’investir dans l’éducation préscolaire que sur des étapes ultérieures du cycle de vie.

Des études scientifiques ayant débuté dès les années 1960 montrent que les montants investis dans la petite enfance se traduisent plus tard par un risque moins élevé de chômage, une meilleure santé, un accès à l’enseignement supérieur, de meilleurs revenus et une meilleure réussite scolaire.

L’UNESCO a chiffré à 10 000 milliards de dollars par an le coût de la déscolarisation et des lacunes éducatives pour l’économie mondiale. Elle estime que réduire de seulement 10 % la proportion de jeunes quittant prématurément l’école ou n’ayant pas acquis les compétences de base permettrait d’augmenter la croissance annuelle du PIB de 1 à 2 points.

Investir dans l’éducation aujourd’hui, c’est réduire demain les dépenses de soutien scolaire, de médication, d’accompagnement psychiatrique, d’aide sociale, de chômage. C’est l’investissement contre-cyclique par excellence : celui qui produit ses effets précisément là où la crise sociale est la plus profonde, sur les enfants des milieux les plus fragiles.

Un État qui dit ne pas avoir les moyens de bien éduquer ses enfants finance pourtant, plus tard, l’échec de ces mêmes enfants à un coût bien supérieur.

NOS DEMANDES
Nous demandons à l’Assemblée nationale d’engager une réforme structurelle de l’Éducation nationale autour des axes suivants :

1 – La limitation à 20 élèves maximum par classe, à tous les niveaux de la maternelle au lycée, et un respect strict de cet objectif dans les premières années de scolarité.

2 – La refonte des pédagogies du premier degré en intégrant les apports des neurosciences cognitives : apprentissages par l’autonomie et l’exploration, valorisation de l’erreur, coopération inter-âges, environnement préparé.

3 – Le renforcement du repérage précoce des troubles du neurodéveloppement dès la maternelle, avec des moyens humains à la hauteur de leur prévalence réelle.

4 – La revalorisation du métier d’enseignant, en particulier dans les premières années du primaire, pour attirer et retenir des professionnels dans des conditions d’exercice dignes.

5 – Un plan d’investissement pluriannuel fléché sur la petite enfance et l’école primaire, reconnu comme priorité nationale.

Parce qu’une nation se juge à ce qu’elle fait pour ses enfants.
Parce que la fenêtre d’opportunité des premières années de vie ne se rouvre pas.
Parce que nous n’avons plus le luxe d’attendre.

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